Friday, August 15, 2008

Le Monde: Cuban Government Scales Repression Against Political Dissidents - Pablo A. Paranagua (French)


La Commission cubaine pour les droits de l'homme et la réconciliation nationale, non reconnue par les autorités de La Havane, a choisi le mardi 12 août, veille de l'anniversaire de Fidel Castro, pour diffuser un bulletin en demi-teinte sur la situation de l'île. Le Lider Maximo, 82 ans, a passé les commandes à son frère Raul Castro, 77 ans, depuis le 31 juillet 2006.

Deux ans après le passage de témoin, le bilan en matière de droits de l'homme reste "très défavorable" et les chances d'amélioration sont "peu probables" à court terme, estime la Commission, qui explique son pessimisme par "l'absence de volonté du gouvernement", sa prétention à détenir "la vérité absolue" et sa "tendance à l'immobilisme".

"Indicateur crucial", le nombre de prisonniers politiques est passé de 234, en janvier, à 219 en juillet, selon le décompte fait par la Commission. Le chiffre tend à baisser, quoique de manière "minime". L'animateur de la Commission, Elizardo Sanchez Santa Cruz, lui-même ancien détenu politique, estime que "le chiffre réel est sans doute plus élevé, en raison du caractère fermé du régime totalitaire, qui n'autorise aucune forme de vérification nationale ou internationale, à l'intérieur d'un système hypertrophié de prisons et de camps de rééducation".

Ce chiffre reste un des plus élevés au monde par rapport à la population (11 millions d'habitants). "Le gouvernement de Cuba maintient dans ses prisons la plus grande quantité de prisonniers de conscience adoptés par Amnesty International", précise la Commission.

Les autorités ont aussi de plus en plus recours à "des arrestations arbitraires systématiques, la plupart de courte durée". La Commission a déjà dénombré 640 arrestations de dissidents depuis le début de l'année, contre 325 en 2007. A cela s'ajoutent des convocations pour interrogatoire et d'autres formes de harcèlement, comme la dispersion musclée d'un rassemblement des Dames en blanc , l'association des épouses et proches de prisonniers politiques, le 21 avril.

La Commission considère "positive" la commutation de la peine de mort de plusieurs condamnés, mais regrette l'absence de précisions concernant leur nombre et leur remplacement par des peines de prison à vie ou de trente ans de prison. La peine de mort figure toujours au code pénal, "inspiré par l'ancien code soviétique", selon la Commission.

"La répression n'est pas une solution durable, surtout lorsqu'il y a autant de frustrations dans le pays et autant de jeunes qui aspirent à vivre dignement", estime la journaliste indépendante Miriam Leiva, une des fondatrices des Dames en blanc. "On ne diminue pas la tension sociale en imposant comme seule issue l'exil et l'abandon de la famille", ajoute-t-elle.

Le 28 février, Cuba a signé le Pacte international sur les droits politiques et civiques et le Pacte international sur les droits économiques, sociaux et culturels, adoptés par les Nations unies en 1966. Cette signature n'a pas encore été ratifiée à La Havane.

Le 7 août, des dissidents ont adressé une pétition au Parlement cubain pour demander que les textes des deux pactes soient publiés et diffusés dans les médias, en vue de susciter "un débat national parmi tous les Cubains". D'après l'un des pétitionnaires, Leon Padron, une campagne de signatures sera lancée s'ils n'obtiennent pas de réponse au bout de deux mois. "Nous avons la foi et l'espoir que nous obtiendrons nous-mêmes, ici dans l'île, les changements nécessaires à Cuba", a assuré M. Padron, qui considère "insuffisantes" les mesures adoptées jusqu'à présent par l'équipe de Raul Castro.

A propos des droits économiques et sociaux, la Commission cubaine pour les droits de l'homme et la réconciliation nationale souligne "le monopole presque absolu de l'Etat dans tous les secteurs de l'économie, à l'exception de quelques îlots de propriété privée", représentés par des paysans et des travailleurs établis à leur propre compte.

La Commission déplore aussi la lenteur et les "réticences" avec lesquelles le gouvernement de La Havane envisage les réformes capables de surmonter "la situation actuelle de pauvreté intérieure et d'endettement extérieur".

L'adhésion de Cuba aux deux pactes de l'ONU avait été saluée par l'Union européenne (UE), qui a levé les sanctions diplomatiques contre La Havane au mois de juin. Ces sanctions purement symboliques, adoptées à la suite de la vague répressive de 2003, étaient déjà suspendues depuis trois ans. Au lendemain de la levée des sanctions, Fidel Castro a "consigné son mépris pour l'énorme hypocrisie que représente la décision" de l'UE, dans une de ses "réflexions" reproduites par les médias cubains.

Le geste de l'UE n'a été suivi d'aucune contrepartie, à ce jour, en termes de libération de prisonniers politiques cubains.

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